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CRISE D’OCTOBRE 70 MYTHES ET RÉALITÉS
Montréal, vendredi 18 octobre 2002
René-Marcel Sauvé Militaire de carrière, géographe spécialisé en géopolitique et polémologie, l’auteur était en service à la base des Forces canadiennes de Saint-Jean-sur-Richelieu pendant la Crise d’octobre 1970.
Le Front de Libération du Québec a surgi pendant les débuts d’une période de transition. Sa présence et son activisme ont coïncidé avec la Révolution tranquille, la naissance de l’État du Québec, l’Aggiornamento dans l’Église, la sécularisation de la société québécoise, la fin du réalisme classique et son remplacement par le positivisme et les idéologies.
Elle fut aussi caractérisée par la fin de l’ère des premiers chemins de fer, les débuts de la Voie Maritime du Saint-Laurent, la construction des autoroutes, l’arrivée des communications de masse, la télévision, les technologies sophistiquées, la chute des empires coloniaux, l’Expo 67, le métro de Montréal, et la naissance de nouveaux États. Tous ces événements débutèrent vers 1960, année charnière, que les sociologues américains appellent breaking point. Dans ce contexte surchargé d’événements et de nouveautés, le FLQ n’a été qu’un feu de paille. Mais il a fourni aux autorités de l’époque un prétexte attendu pour tenter de briser au Québec la naissance d’un État naturel, en déclarant l’insurrection appréhendée, la suspension des libertés civiles, l’adoption de la Loi des mesures de guerre et l’envoi de l’armée.
Ces mesures arbitraires étaient injustifiées et immorales, car il n’y avait au Québec à cette époque aucun soulèvement d’importance, qui aurait pu aboutir à une rébellion d’envergure, un coup d’État, une guerre de guérilla et encore moins une insurrection, même appréhendée. Les structures du pouvoir mises en place par les United Empire Loyalists pendant le dix-neuvième siècle n’étaient pas en danger au Québec en 1970. Le Front de Libération du Québec n’avait aucun moyen de renverser l’Establishment anglo-canadian. Il a néanmoins réussi quelques coups de théâtre d’une importante envergure politique.
Le FLQ n’avait rien qui lui aurait permis de renverser les pouvoirs de l’époque. Trente-cinq à quarante jeunes gens idéalistes, nerveux, peu ou mal instruits, sans argent ni équipement, sans relations, donc, sans pouvoirs, ne pouvaient faire basculer le système solidement mis en place par les United Empire Loyalists, ces héritiers incontestés du territoire constitué par l’espace continental canadien. Contre leurs pouvoirs, le FLQ était sans défense. S’il avait été puissant, au moins autant que les motards criminels, il aurait pu provoquer une véritable insurrection, sinon une rébellion d’envergure. Il s’est limité à surfer sur la vague de contestations qui surgissaient un peu partout au Québec, surtout dans les milieux étudiants. Il ne pouvait faire davantage. Rien, donc, n’excuse le recours à la Loi des mesures de guerre, la suspension des libertés civiles et l’intervention de l’armée contre le Québec. La réaction des autorités en place a été démesurée et paranoïaque et ce n’était pas la première ni la dernière fois. Ce qu’elles redoutent, ce n’est pas tant une révolution ou insurrection au Québec, que la venue au monde d’un nouvel État, capable d’éliminer l’Amérique Britannique du Nord et créer un nouvel ordre de choses.
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